Abandon entouré d'abandon,
tendresse touchant aux tendresses...
C'est ton intérieur qui sans cesse
se caresse dit on ;
se caresse en soi même,
par son propre reflet éclairé.
Ainsi tu inventes le thème
du Narcisse exaucé
(R M Rilke : "Les roses V")
Le thème de l'abandon ("abandon entouré d'abandon") nous introduit délibérément dans la dimension mystique, aussi n'est il pas futile de faire allusion à Anglus silesius ("La rose est sans pourquoi"), et son poème célèbre pour le commentaire heideggerrien.
mais cet abandon est "entouré", il échappe ainsi, semble t'il, à la déréliction, si chère aussi à la plume du philosophe... entouré par...lui même !
il est aussi "tendresse", "caresse", intériorité, éclairement par son propre reflet....mais s'il y a reflet d'où la lumière ?
de nulle part : la lumière EST le reflet !
Narcisse échappe à la vieille malédiction (de l'extériorité, du désir du "mauvais infini") mais c'est un nouveau Narcisse, "inventé", car l'abandon qui est la rose est aussi invention... perpétuelle sans doute ("intérieur qui sans cesse se caresse").
Cet intérieur-abandon n'est pas topologique.